Dimanche 30 décembre 2007
** Mercredi 12 décembre - 23h00
Nous avons passé une soirée tranquille, au programme, canapé-télé. La fatigue se fait sentir, on va se prépare à aller au lit. Je viens tout juste de me coucher quand je ressens
quelque chose de "bizarre"... Je n'ai pas le temps de m'interroger longtemps, 2 secondes plus tard je sens clairement ce que se passe : la poche des eaux est rompue, je perds les eaux!!
incrédulité, fou rire, stress, je me lève et le futur papa constate par lui-même que je ne suis pas en train de plaisanter... L'émotion nous submerge : nous allons avoir un bébé. 9 mois qu'on
attend, et on y est....
Je retourne sous la douche, m'habille, nous tournons un peu en rond dans la maison: que faire? partir de suite? attendre un peu? je n'ai aucune contraction, le travail n'a pas
commencé. 23h45 nous ne tenons plus en place, nous partons pour la maternité.
** Jeudi 13 décembre - 00h30
Nous voilà à la maternité. Le service est calme, je retrouve le jeune externe que j'ai vu le matin. Par contre je ne connais pas
les sage-femmes mais tout le monde est charmant. On me met sous monitoring, le bébé va très bien et je n'ai aucune contractions... Quant à l'examen gynéco, la SF constate que j'ai bel et bien
percé la poche des eaux mais le col est toujours bien fermé! Du coup on me monte dans une chambre, pour passer la nuit, et le futur papa retourne chez nous... il est déjà 2h du matin, la
nuit va être courte pour lui!
** Jeudi 13 décembre - 8h30
Voilà j'ai passé la nuit à maternité, je n'ai pas super bien dormi, je me demande comment ça va se passer... J'ai bien eu quelques
douleurs durant la nuit, mais rien de franchement douloureux, je me dis que mon col ne doit pas avoir bcp bougé. Je reste seule dans ma chambre, c'est bizarre. Futur papa a télé phoné et comme il
ne se passait rien pour moi il est parti travaillé. Je n'ai pas de petit déj', je dois rester a jeun, je patiente en bouquinant.
Vers 10h on me descend au bloc obstétrique. Et rebelotte: monitoring (le bébé est toujours en forme) et examen gynéco. Et
là surprise: le col est ouvert à presque 4 cm! Je suis installée dans une salle d'accouchement, je reste sous monitoring, je bouquine. Je n'ai pas l'impression d'avoir de contractions car la SF
m'avait expliqué pdt les cours que ça faisait comme un pic de douleur qui dure 1 minute / 1 minute 30. J'ai juste vaguement mal au ventre, et effectivement sur le monitoring on ne voit pas de
contractions franches. Il n'y a qu'à patienter...
** Jeudi 13 décembre - 12h30
Le futur papa vient déjeuner avec moi, enfin pour etre exacte, il vient passer un peu de temps avec moi car moi je ne peux toujours pas manger et il a eu la délicatesse de ne pas
prendre son sandwich avant de venir :-) Il retourne dans ma chambre également, pour aller me chercher des bouquins...
** Jeudi 13 décembre - 16h00
Bon, décidément ça n'avance pas, le col est toujours à 4 cm et je n'ai tjs pas de contractions... il va falloir accélérer le mouvement, et pour cela la SF me parle de la perfusion
d'ocytocine de synthèse. Je me rends bien compte que de toutes façons, le travail s'annonce vraiment très long et qu'il va falloir aider un peu la nature.
En plus je suis à terme + 4 jours, avec une poche des eaux percées, et positive au streptocoque B, donc bon l'équipe médicale pense qu'il ne faut pas que ça traine de trop. Malgré
tout, bien que tout le monde dans le service me rassure et m'explique bien les choses, je commence un peu à stresser et à me sentir seule. Du coup j'appelle futur papa, un peu en panique j'avoue,
et je lui explique que la situation ne progresse plus et qu'on va me mettre sous perfusion. J'ai peur aussi parce que j'ai entendu dire que les contractions provoquées sont plus douloureuses...
Vais-je savoir gérer? Bref j'ai besoin de lui à côté de moi...
** Jeudi 13 décembre - 17h00
Voilà, je suis sous perfusion, futur papa est arrivé et effectivement les contractions sont plus douloureuses... Bien que sous monitoring je peux me déplacer dans la salle et je
m'installe sur un gros ballon. Je m'applique à respirer profondément comme je l'ai appris. Futur papa respire avec moi. Il a été vraiment formidable jusqu'au bout... Une élève sage-femme est
également avec nous et elle me masse le bas du dos pdt les contractions. Le travail progresse, mon col s'ouvre jusqu'à 6-7 cm, enfin ça avance...
** Jeudi 13 décembre - début de soirée
A partir de là ma notion du temps devient très incertaine... Vous allez comprendre pourquoi...
Pendant la fin de l'après midi le travail a bien avancé, je respire, on plaisante entre 2 contractions, on écoute de la musique. Mais à un moment je ne comprends plus ce qui se
passe. La sage-femme, le médecin arrivent dans la salle, on me fait allonger, la tension est montée je ne comprends pas tout de suite ce qui se passe. En fait, le capeur du monitoring a perdu le
signal du coeur du bébé alors que j'étais sur le ballon. Dès que je comprends ce qui est en train d'arriver, ej panique, je pleure, et je suis dès lors bien incapable de respirer et de
penser à souffler profondément pour gérer la douleur de la contraction. On me met sous masque à oxygène. Je ne pense plus. Je veux juste entendre de nouveau le bruit régulier du coeur de mon
bébé. Enfin il revient, je l'entend, le calme revient dans la pièce.
Sauf que moi je ne suis plus calme du tout. Je pleure, chaque contraction est plus douloureuse que la précédente, je ne sais plus respirer, j'ai mal, je m'épuise. Je pleure parce
que je sens que je vais craquer. Que mon idée d'accouchement naturel est bien loin: je suis sous perfusion, sous monitoring, et je ne sais plus respirer convenablement. La sage-femme me reparle
de la péridurale, elle voit bien que je suis à bout. Je tente de résister, nous nous étions dit que nous essaierions de faire naître ce bébé le plus naturellement possible... Et c'est finalement
en pleurs que je demande peu de temps après la péridurale. Je me souviens très bien avoir regarder le futur papa et lui avoir dit "je suis désolée"...
** Jeudi 13 décembre - 21h? 22h?
L'anesthésiste est prévenu, je l'attends, je voudrais que ça aille vite maintenant car je suis à bout. L'attente parait interminable. Enfin, elle arrive et la pose commence. La
procédure est stricte, je me conforme aux ordres, et enfin, entre 2 contractions, je sens qu'on me pose cette fameuse péridurale. A nouveau j'attends, le soulagement. Les contractions reviennent,
toujours intenses, toujours douloureuses, je ne gère absolument plus la douleur. Le temps passe et l'anesthésie salvatrice ne vient toujours pas.
L'équipe se rend compte qu'il y a un problème car les contractions semblent toujours aussi douloureuses. Les sage-femmes rappellent l'anesthésiste, le verdict tombe : la
péridurale n'a pas fonctionné, il faut recommencé. On reprend le protocole de stérilisation, et l'anesthésiste a visiblement du mal à poser la péridurale: je suis trop cambrée de nature, donc dur
dur de trouver un espace suffisant entre 2 vertèbres pour y glisser l'aiguille. Je fais ce que je peux entre 2 contractions pour arrondir mon dos au maximum mais je sui sépuisée, les sage-femmes
me soutiennent parce que je m'assoupis dès que la douleur me laisse un peu de répit. Enfin l'anesthésiste y arrive, la péri est posée et en quelques minutes je sens mon bassin envahi par une
vague de chaleur. La douleur s'estompe: ça a marché.
** Dans la nuit du jeudi au vendredi 14
Je n'ai plus aucune notion du temps, je me sens comme dans un bain de coton, j'ai chaud, je ne sens plus mes contractions, je suis bien, je suis épuisée, je m'endors. Le coeur du
bébé bat bien il est réactif.
La dose d'ocytocine que je reçois par perfusion est maximale. Peu m'importe vu que je ne sens plus rien. Par contre l'ouverture col ne progresse guère : il est ouvert à 8 cm, ce
n'est qu'un centimètre de plus qu'il y a quelques heures, le travail stagne...
Je ne sais plus à quel moment le médecin a évoqué l'éventualité d'une césarienne. Il nous a tout expliqué : comment ça se passerait, quelles seraient les conséquences,
pourquoi il faudrait peut-être en arriver là...
** Vendredi 14 décembre - Vers 3h00
Le médecin est revenu. Il vient aux nouvelles.
Le col? toujours à 8cm. Pourtant je ne peux pas recevoir une plus forte dose d'hormones. Je reçois déjà le maximum.
Les contractions? Je ne les sens plus. Mais elles sont fortes, mais pas franchement efficaces...
Le bébé? il se porte bien mais la sortie est encore loin pour lui: le col doit finir de s'ouvrir, et petit bébé doit ensuite descendre dans le bassin.
Et nous reparlons de la césarienne. Nous y sommes. il faut prendre une décision. Césarienne ou laisser encore le temps au temps. La décision n'est pas facile à prendre. Futur papa et moi en
parlons. Nous n'avions pas du tout envisagé cette issue. Mais finalement nous nous décidons : notre enfant naîtra par césarienne.
** Vendredi 14 décembre - 4h00
La machine s'est mise en marche. Sage-femmes, anesthésiste, médecin, infirmières, tout le monde est sur le pont. Nous sommes en salle d'opération, il y fait froid, on me recouvre
d'une couverture chauffante, futur papa est à mes côtés. Je plaisante en lui disant qu'il est beau comme Doug Ross avec son pyjama et sa charlotte. L'opération commence.
** Vendredi 14 décembre - 4h24
Je sens le médecin sortir le bébé de mon ventre. Il crie immédiatement et nous, nous sommes en pleurs. Notre enfant est né. Personne ne nous dira si c'est un garçon ou une fille :
tout le monde laisse la surprise au papa qui quitte immédiatement la salle d'opération pour rejoindre notre bébé.
C'est alors que je le vois revenir, il m'annonce la nouvelle : Sacha est né.
Jamais pendant mes 9 mois de grossesse je n'ai imaginé accouché par césarienne. On idéalise forcément ce moment magique de la naissance. On imagine les
contractions, l'expulsion, on s'y prépare, mais on n'imagine pas la césarienne d'urgence. Mais, même si on est bien loin de ce que nous avions projeté, cette
naissance, ces heures passées avec le papa furent les plus intenses de ma vie.
Voir mon mari m'amener mon fils une fois sortie de la salle d'opération... c'est indéfinissable.
Je sais juste que je ne pourrai plus jamais vivre sans notre enfant.
Vous avez la parole